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| Windsurf aux Açores - L'île des vautours. Une île paumée au milieu de l'Atlantique, offerte à toutes les houles, trois waveriders affamés par un début d'hivers maussade, voilà le programme de ce trip sur l'île des Vautours. Une sorte d'île mystérieuse, née de l'union forcée de la terre et des flots déchaînés. Nous l'avons explorée un mois durant en quête de conditions hardcores, voici notre aventure. Partir, fuir les frimas annoncés, voilà peut-être, avec l'espoir d'obtenir de meilleurs budgets, la principale préoccupation des riders à l'approche de l'hiver. Partir donc, mais où ? La solution s'est offerte un jour, à la lecture d'un magazine de surf. Le gars prenait un jeu de fléchettes, une carte du monde en guise de cible et tentait de viser juste. Nos fléchettes à nous nous avaient envoyées sur une bien improbable destination : l'île des Vautours. Une sorte d'île mystérieuse, cernée par la brume et les flots déchaînés de l'Atlantique. Une île aux multiples visages, accueillante et austère à la fois, bouillonnante de vie par endroits et comme figée par les siècles à d'autres. Une île à la puissance palpable. Une île cependant si discrète que même en jouant toute une années aux fléchettes sur votre carte, vous auriez peu de chance de la toucher, si tranquille qu'en regardant CNN tous les jours, vous auriez peu de chance d'en entendre parler. En nous posant, en ce début de mois de février, sur l'unique piste de l'aéroport João Paulo II, nous avions atteint un bout du monde mais l'ignorions encore.
Une rideau de fine bruine en guise de tapis rouge, l'oeil aux aguets des douaniers en signe de bienvenue, notre arrivée sur l'île fût des plus discrète. Personne, mis à part le regard inquiet de la loueuse de voiture, ne remarqua le débarquement de quatre individus et de leurs trois énormes houses. Sans traîner, nous prenions la route en direction d'un des hôtels les plus luxueux de la ville. Notre équipe était composée de trois riders, les bretons Hervé Leroux et Fred Jezequel accompagnés du nordiste Yann Sune, et d'un photographe, glissé dans un bag dans le but d'immortaliser leurs exploits. Après une bonne nuit, le premier objectif du lendemain fût de faire le tour des spots. Un petit guide, fourni par l'office du tourisme, contenait une carte donnant quelques indications sur les plages, les endroits potentiellement ridables, et au premier regard, les choses ne s'annonçaient pas simples. L'île des Vautours est en effet d'origine volcanique, elle vit, respire, transpire par ses nombreux cratères . Mais, plantée au milieu de l'océan sur son socle de lave, elle n'est presque entourée que de falaises escarpées. Les rares plages visibles sur la carte allaient être nos points de départ. Ce premier matin, nous prenons la route pour le nord et traversons l'île dans sa partie la moins large pour rejoindre la ville de la Grande Rivière, située à une dizaine de kilomètres de l'hôtel. Au passage d'un petit col, nous apercevons l'immense étendue de l'océan qui nous entoure. Sa couleur, d'un bleu profond, est encore accentuée par le contraste avec le vert de l'herbe grasse et le noir de la roche volcanique. Deux points ont alors attiré notre attention : l'eau est très bleue, certes, mais l'île est elle très verte ! La bruine de la veille n'était malheureusement pas exceptionnelle. Second détail, plus optimiste celui là : les champs sont découpés en parcelles, clôturées par des murets de pierres dont le principal intérêt est de limiter l'érosion par le vent de la couche de terre de surface. Eole est donc un habitué des lieux ! En attendant, pour notre premier jour, les éléments ne s'était pas franchement déchaînés. Sur la plage, le vent soufflait juste assez fort pour rendre insurfables la maigre houle venue ce perdre dans ce coin de l'Atlantique. Pas assez de vagues pour le surf, de vent pour le windsurf, de soleil pour les photos, nous décidons de ne pas perdre plus de temps et de poursuivre la route côtière vers l'ouest. Après une journée entassés dans la caisse à enchaîner les virages, le bilan n'était pas fameux. Nous avions parcourus près de la moitié du tour de l'île pour trois plages, dont deux potentiellement exploitables en windsurf malgré les hautes falaises qui les entourent. Il allait falloir la jouer serré, rester concentrés sur les prévisions et surtout, trouver d'autres spots.
Comme bien souvent lorsque tout va au plus mal, la chance finit souvent par vous sourire. Les prévisions n'avaient pourtant rien d'exceptionnelles : 15 noeuds de secteur Est, pas de quoi s'énerver surtout que la veille, le vent était plus fort et nous n'avions rien trouvé. Quant au soleil, bien caché derrière ses nuages, nous préférions ne même plus y penser. Nous prenions donc, comme chaque matin, la route du nord lorsque la vue des risées dans le port nous décida à aller jeter un oeil sur la plage de Popùlo sur la côte sud. Le vent rentrait side shore bâbord, de petites vagues déroulaient, seul problème, une dizaine de surfeurs peuplaient le line-up. Luis, un local à la tête sympathique, rencontré quelques jours plus tôt alors qui naviguait en formula dans le port, sortait de l'eau en surf. Il nous dit qu'il n'y avait aucun problème à aller shooter quelques vagues en wind pour peu que l'on reste éloignés des surfeurs. Ce n'était pas la session de l'année mais au moins elle aida à évacuer la tension. Au retour sur la plage, le téléphone arabe avait fonctionné à plein et toute l'île était au courant que trois windsurfers avaient débarqué. Ils furent rapidement entourés des riders de coin, venus en curieux pour amicalement donner des conseils et nous guider sur les spots. Nous avons ainsi appris que pendant que nous luttions pour planer dans le nord, les locaux se gavaient dans le cratère d'un volcan. De l'eau plate d'accord mais du windsurf quand même, et ça soufflait bien car l'un d'eux, Sabão, avait été enregistré à 38 noeuds par son GPS étanche... On avait décidément pas les bonnes adresses, mais tout cela allait changer. Après une courte discussion, Sabão nous confirma qu'en raison du relief, les spots de l'île étaient extrêmement capricieux quant à la direction du vent, mais par contre que les vagues pouvaient venir de partout, du nord, bien sûr, mais aussi du sud, de l'est ou de l'ouest. Il connaissait l'île et ses spots comme sa poche et en quelques minutes, nous dressa un carte avec les meilleurs endroits, les directions de vent, de houle. Il nous présenta aussi son pote Alex, cameraman pour la TV locale qui allait se faire un plaisir de nous suivre au cours de nos pérégrinations. "Aujourd'hui, je dois repartir travailler" nous dit il, mais, jetant un coup d'oeil dans les jumelles pour voir ce que donnait le vent, il nous conseilla un spot plus à l'Est sur la côte sud. Guidés par Alex, nous voilà donc en route et c'est au détour d'un virage qu'apparu enfin ce que nous attendions depuis 15 jours : Ponta Galera, une gauche glassy d'environ 1,5m avec de jolis sets venus d'on ne sait où, du vent side off, de l'eau verte, le soleil en prime, que c'était il passé ?!.. En deux minute, tout le monde était à l'eau. Accroupi sur la plage derrière mon téléobjectif, je retrouvais enfin le sourire et, je le savais, mes trois compères aussi. Ce soir là, la bière coula à flot, pour la bonne cause car nous célébrions une victoire. Le lendemain les choses allèrent de même, un spot, un autre, nous n'avions pas encore scoré du gras mais savions que cela finirait par arriver. Les sessions s'enchaînaient, surf le matin, windsurf l'après midi, parfois l'inverse. Un jour, Yann a cassé le nez de sa board sur un réentry rageur. Les conditions n'étaient pas folles et c'est pourquoi nous nous dîmes par la suite que casser sa board avait peut être été la meilleure chose que Yann ait faite de son après midi. En effet, grâce à lui, nous avions cherché un endroit pour acheter de la résine et rencontré le propriétaire du shop de l'île, Armindo. R, comme on le surnommait ici, était un windsurfer chevronné, un de ces gars qui n'aime sortir que lorsque la tempête cogne fort et à ses dires, il était plutôt vernis dans le coin. Comme les autres locaux rencontrés plus tôt, ce R était quelqu'un d'entier, un véritable touche à tout de la mer sincèrement amoureux de son île. Il a réparé la planche de Yann, nous a montré ses photos des spots, racontés plein d'histoires passionnantes sur son pays puis nous a emmené dîner dans un de ces petits bar/resto qui ne paient pas de mine. Le genre d'endroit, où, comme dans n'importe quel pays, les gens aiment à se retrouver pour regarder le match de foot et boire quelques bières. Le proprio du bar ne servait habituellement pas le soir, pour R, il a accepté et a préparé les poissons qu'il réservait au lendemain. Au moment de l'addition, Armindo a refusé que nous l'invitions, se fâchant presque en disant qu'il préférait payer ses dettes sans rien devoir à personne. C'est comme ça que cela marche par ici. En trip et dans la vie en général, personne ne te fait de cadeau si tu arrives sans rien à échanger mais parfois un sourire et quelques efforts dans la langue du pays suffissent à ouvrir pas mal de portes. Les choses avaient ainsi changé du tout au tout et ce revirement de situation nous allait parfaitement, le soleil brillait à nouveau dans le ciel comme dans nos cerveaux. L'enthousiasme revenu, nous regardions l'île d'un nouveau regard. Mon grand père disait toujours "on a de beaux nuages chez nous" en parlant des ciels bretons, il aurait été heureux ici, nous commencions d'ailleurs nous même à les apprécier, ces nuages. Qui en effet aurait pu rester insensible à ces ciels chargés, lourds, laissant filtrer quelques rayons de lumière, à ces contrastes de vert, de bleu, de rouge juste avant le couché de soleil. Oui, ils étaient gâtés sur cette île. Pourtant, quelqu'un de pressé aurait pu sans remords qualifier de merdique cette météo imprévisible tant les microclimats et le relief la rende changeante. Notre pote cameraman, nous confia d'ailleurs ne jamais regarder les prévisions avant d'aller travailler : du brouillard au nord, des éclaircies plus loin, ciel bleu au sud, pluvieux à l'est, déchiré à l'ouest, tout changeait continuellement alors pourquoi chercher à comprendre lorsqu'il n'y avait rien à comprendre ? La météo est capricieuse, à nous de savoir jouer avec et cela commençait à bien se passer. Coté nav, l'Atlantique n'avait toujours pas daigné cracher de dépression mais les choses marchaient très bien sans, le flux d'est d'un puissant anticyclone nous envoyant ses vagues par trains entiers.
Vint enfin le jour tant attendu : une houle de nord-est longue et puissante accompagnée d'un vent de secteur Est rentrant side-shore tribord sur le spot Areias. A part une tentative avorté faute de vent, nous n'avions fait que surfer le spot, ses vagues épaisses nous avaient tout de suite plues. Armés de leur 4,7 les boys se mettent au travail, ils esquivent le shore break transformé en rouleau compresseur et rejoignent le large. Première constatation, c'est beaucoup plus gros que ça en avait l'air du bord. Calé derrière mon boîtier photo, je devine quelques échanges de regards entre Yann et Hervé, "qu'est ce qu'on fout là, c'est fat !.." avaient-ils l'air de dire. Les séries dépassent allègrement la taille du mât, cassent violemment en créant une marche technique à négocier au surf. Les peaks sont capricieux, mouvants, difficiles à trouver pour les sauts et c'est un jeu du chat et de la souris qui s'engage entres les sets velus et nos trois riders. Quelques heures plus tard, alors que Fred et Yann rentraient au bord lessivés, Hervé casse son mât sur un gros back-loop au milieu du plan d'eau. Un quart d'heure plus tard, il était lui aussi au bord, ramené par les énormes mousses. Quelques sandwiches et une bonne soupe avalés dans un boui-boui local et nous repartions, motivés comme jamais, rejoindre les locaux pour une session freeride dans le lac du volcan. Le vent était violent là haut et les gars durent sortir les 4,2. Ils se lançaient dans des bords furieux, balançant des tricks de freestyle sous le regard médusé des locaux.
L'ambiance avait maintenant atteind son top. Ces derniers jours sur l'île des vautours, nous avions rencontré plus de personnes adorables et serviables que durant n'importe quel autre trip. ils nous saluaient, restaient discuter, nous proposaient des bons plans ou hurlaient leur enthousiasme lorsque les boys balançaient de gros moves. Nous avions failli craquer mais la patience avait fini par payer. Popùlo, Areias, Ribeira Grande, Mosteiros, Ponta Galera, Villa Franca, Sete Cidades et quelques autres encore, nous avions ridé tous ces spots, parcourus des centaines de kilomètres sur les routes sinueuses, vus des paysages grandioses, pris des bains chauds dans l'eau soufrée d'un volcan, visité les villages des anciens chasseurs de cachalots. Malgré les caprices de son climat et la difficulté que nous avions eu à trouver les bons spots, l'île des Vautours, cette île de la patience, nous avait amadoués, conquis. Les volcans, l'eau bleu, le vert des prairies, ça ressemblait pas mal à Maui finiront même par avouer mes compagnons de voyage. Les conditions étaient, il est vrai, moins bonnes mais la vie y était douce et pas chère. D'ailleurs, puisque l'on parle de pas cher, vous en connaissez beaucoup des endroits, à quelques mètres des vagues, où l'on peut payer une tournée de bière à tous ses potes pour 2,5 euros ? Ca y est, je sens que je vous ai motivés, alors vous aussi, prenez votre plus belles cartes du globe, allez emprunter les fléchettes du pub irlandais le plus proche et tentez votre chance, une autre île des Vautours vous attend peut-être, quelque part... Spécial thanks à l’office du tourisme des Açores (Vautours en portugais), à Sabão, Alex & Paula, Mario, Pedro, Armindo, Luis, Tiago, Aïres et tous ceux que l’on a forcément oubliés.
Road Book Les Açores : découverts par les Portugais au 15 em siècle, ces îles ont longtemps occupées une position stratégique dans le commerce avec l'Amérique, elles constituent aujourd'hui une région autonome du Portugal. Situés sur la dorsale océanique coupant l'Atlantique à la jonction des plaques tectoniques, l'archipel tremble un peu chaque jour. Les volcans constituent son ossature et il est arrivé qu'une éruption sous marine se produise, faisant apparaître, comme dans Tintin et Milou, l'île éphémère de Sabrina, du nom de la frégate anglaise qui la découvrit (14 au 22 juin 1811). Il n'y a jamais eu de vautours aux Açores, l'origine du nom vient de la confusion faite entre les buses et les fameux charognards. Pop. de l'Archipel : env 250 000 Dormir, manger... : des petits resto pas chers (2 à 3 fois moins chers qu'en France) beaucoup de petits bars à Ponta Delgada, les portugais sortent tard (minuit), ne soyez pas étonnés de ne croiser personne avant. Pour dormir, renseignez vous auprès de l'office du tourisme : http://www.drtacores.pt/. L'infrastructure hôtelière de l'île est en train de totalement se réorganiser. Possibilité de louer de petits appartements. Les loc' de caisses sont chères. Météo : le fait que l'anticyclone nous amenant le beaux temps en France s'appelle l'Anticyclone des Açores ne signifie pas qu'il règne un temps magnifique sur ces îles, on peut d'ailleurs y voir les 4 saisons en une seule journée. Les températures sont toujours très douces (entre 15 et 30°C) et l'eau oscille entre 17 et 24°C : combi 3/2 en hiver, short en été. Les modèles météo que nous utilisons généralement ont été déplorable pour les prévisions de vent sur les Açores. Quand y aller : du monde en été, le reste de l'année est tranquille. Pour le chaud et le beau, l'automne est peut-être la meilleure saison. Sinon, comme nous l'avons vérifié, l'anticyclone apporte son lot de vent et de vagues, des conditions énormes (réellement énormes) sont possibles lorsqu'une belle dépression passe au large, le vent le plus fort sera obtenu lorsque anticyclone et dépression se confrontent au milieu de l'Atlantique, entre les deux, les isobares très rapprochées engendreront un vent violent. Matos : une planche de vague tout terrain avec 4,2 à 6m, une planche plus grosse pouvant porter jusqu'à 7m selon l'usage et le niveau. Notez tout de même que la majorité des spot est à réserver aux experts. Faune et flore : très riche grâce au climat tempéré et aux sources thermales, la végétation va de l'herbe grasse aux luxuriants palmiers. La faune sous marine est elle aussi très variée allant du plus gentil (baleines, dauphins) au plus percutant (le requin marteau). Ces derniers croisant surtout au large. Ces îles étaient autrefois réputées pour la pêche au TRES gros : le cachalot. Y aller : en avion avec la TAP puis la SATA (env. 400 euros + forfait de 50 euros par board bag) ou en bateau. Dans ce cas, ne loupez pas l'étape incontournable de la transat : le bar des Sports "Chez Peter" sur l'île de Faial. C'est surtout vrai pour le retour des Antilles, car le Gulf Stream vous y mène directement. |
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