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bali - indonésie

 

texte & photos : kristen pelou

bali bagus !

Rizal Tanjung, l'un des tout premier surfer pro balinais, à Padang Padang.

Ce trip a été publié dans Tripsurf magazine en Juillet 2002, soit quelques mois avant l'attentat du Sari Club de Kuta (12 oct. 2002). L'économie amorçait une reprise après plusieurs années de crise économique causée par les émeutes et la chute de Suharto (1998), les touristes et surfers affluaient en masse en quête de soleil et de vacances pas chères sur une île merveilleuse aux habitants chaleureux et paisibles.

Back to Bali :
Passé de mode après la furie Mentawai de ces dernières années, Bali demeure la plaque tournante du surf indonésien. La consistance exemplaire d’une paire de gauches de classe internationale a fait de cette perle de l’océan Indien un paradis pour goofyfooters. Cette belle image d’île sans problème perd malheureusement de son éclat sous les coups de buttoirs du tourisme de masse, de la pollution et des projets immobiliers pharaoniques qui y sont associés. Bali, on y surf depuis 30 ans mais pour combien de temps encore?

A Bali comma ailleurs, l' immense majorité de la population ne bénéficie pas de l'afflux d'argent des touristes; les line ups balinais laissent songeurs la plupart des nouveaux arrivants, ils se métamorphosent les jours de pleine lune comme ici à Impossible; Jalan Legian, l'artère principale de Kuta Bali, bondée de monde de jour comme de nuit, un peu plus loin dans cette rue se trouvait le désormais tristement célèbre Sari Club...

Survoler les spots de la presqu’île du Bukit est sûrement le premier souvenir de tout surfer arrivant à Bali. Les lignes semblent immobiles vues d’en haut. Elles s’enroulent parfaitement autour du plateau corallien. Les gauches déroulent et déroulent encore pendant que quelques veinards shootent. Les innombrables petits bateaux de pêche finissent de compléter le tableau. Vision magique mais mes douces rêveries sont brusquement interrompues à l’aéroport par la lecture du panneau prévenant le visiteur que la peine de mort est en vigueur pour les porteurs d’armes à feu ou de stupéfiants, pas très cool mais bon, au moins on est prévenu, bienvenu à Bali… Je sors de l’aéroport, l’odeur des cigarettes locales au clou de girofle me rempli le nez, le soleil tape et la sueur me fait glisser dans mes slaps, petite pensée pour les amis restés en France, ça y est, c’est parti pour un mois au paradis. Des taxis partout, il semblerait que le chantier soit encore plus grandiose que lors de mon précédent séjour. J’en chope un dans la cacophonie ambiante, direction Kuta et un losmen (hôtel) ‘very cheap price’. ‘Yes yes’ me répond mon pilote, ça roule, on disparaît dans le flot de voitures. Dix minutes et une centaine de coups de klaxon plus tard, il me dépose au milieu de l’embouteillage permanent de Jalan Legian, la rue principale de Kuta Bali. Chargé comme une mule, le T-shirt trempé de sueur et le bronzage encore timide, je ne passe pas inaperçu, les "Yes boss, maybe you need room?" des Balinais proposant des chambres à louer fusent, vivement une douche froide, un lit, le ventilo bloqué à fond. Kuta, on aime ou on aime pas, peu importe en fait car c’est ici que tout se passe, les meilleures affaires, les meilleurs prix pour les locations, le shopping, un passage obligé en quelques sorte. Le mieux est de ne pas trop y traîner pour n’en garder que les bons cotés. De vite bouger vers le Sud de l’île où vous attend un paradis de gauches sur son lit de corail.

Des line-ups comme on aimerait en voir plus souvent : Padang Padang vu depuis la falaise avec les locaux

Les spots !
Des gauches, il n’y a pratiquement que ça qui déroule dans le sud de l'île durant la saison sèche. Les plus connues sont assurément Ulu-Watu et Padang Padang mais une multitude d'autres vagues vous attendent à moins d'une demi heure de Kuta et de sa cacophonie. Commençons donc par les plus connues.

La première, Ulu-Watu est au centre d’une immense arène naturelle, c’est l’une des vagues les plus consistantes de l’île, flat à Ulu et il vous reste le shopping à Kuta ou la visite du temple voisin. Souvent bondé jusqu’à deux mètres, la foule disparaît à l’arrivée de la houle, un gun de 7’6 est alors une arme incontournable pour rider ces murs dont on a du mal à mesurer la taille tant le site est imposant.

Padang Padang, est-il encore utile de présenter cette vague ? Il s’agit de la perle de l’île, le tube pour lequel certains pros australiens rappliquent à l’annonce d’un swell. La vague est rapide et bien péchue. A marée basse, elle jette violemment sur une dalle à fleur d’eau qui découvre sur la fin. Vous l’aurez compris, ça ne plaisante pas et le casque toujours optionnel sur le corail ne ferra marrer personne ici. Malgré tous ces inconvénients, vous ne surferez pas seul, le niveau est très élevé et ce sont 25 surfeurs et surfeuses motivés minimum que l’on retrouve au peak dans les bons jours. Quelques vagues restent vierges, pour les plus téméraires d’entre vous, pour les autres, il reste la plage où le spectacle n’est pas mal non plus…

Padang Padang de dos, pas de grab, pas de casque...
tube de dos à Padang Padang : pas de grab, pas de casque, un style classe et efficace...

De l’autre coté du channel de Padang commence le très long line up d’Impossible. Souvent décrit comme l’outside de Bingin ne présentant que peu d’intérêt, Impossible se révèle en fait être un super plan. Peu peuplée, longue, creuse, le fait que la vague ferme par section présente d’ailleurs l’avantage de diviser la foule des petits jours. Dès que le swell enfle, elle change complètement de visage, le mur, toujours très tendu, ouvre et des rides de plusieurs centaines de mètres deviennent possibles. Cela mérite bien quelques minutes de rame, non ?

Bingin, la machine, se situe tout au bout de ce line up, au décrochement du reef. Bingin est un tube mécanique, une vague parfaite dès un mètre, elle demeure néanmoins dangereuse quand le corail très proche sort et forme une marche devant la vague à marée basse. Les locaux, jeunes pour la plupart, cartonnent et connaissent parfaitement la vague, ils vous taxeront avec le sourire.

Bingin, la machine à tube de Bali. Les locaux connaissent les lieux par coeur, prennent toutes les bonnes vagues et envoient gras avec le smile.

Le spot de Dreamland est le suivant sur la liste, il s’agit du seul beach-break de la presqu’île. On y accède en traversant l’immense projet immobilier du fils Suharto : des kilomètres de routes bitumées aujourd’hui abandonnés aux vaches en pâtures. Bon quand c’est petit, le peak mouvant et irrégulier devient technique avec la taille, la vue sur l’enfilade de spots, dans l’ordre Bingin-Impossible-Padang-Ulu, vaut à elle seule le détour.

La superbe plage de Balangan se cache derrière la pointe d’après. Le mur très rapide et plus creux qu’à Impossible permet à certains de prendre 3 tubes sur la même vague. Faut pas traîner donc mais la foule est toujours beaucoup moins dense que sur les autres spots.

On accède aux spots de Dreamland et Balangan en traversant un immense complexe immobilier datant de l'époque Suharto (photos 1 & 2). Des kilomètres de routes bitumées aujourd'hui à l'abandon s'offrent à vous pour accéder à ces deux plages magnifiques, échappées de peu à la privatisation...

On sort ensuite de la presqu’île pour rejoindre Airport right et Airport left, de part et d’autre de l’aéroport, puis Kuta reef que l’on gagne en louant une pirogue. Le beach break de Kuta-Légian est à réserver aux affamés de sable contrairement à Canggu situé sur la route de Tanah Lot, le temple de la mer à quelques 30 minutes de voiture de Kuta. Medewi, encore plus loin se surfe à l’aube, avant que le vent ne devienne trop fort (idem pour Canggu). On revient au Sud pour le dernier spot fonctionnant par alizé de Sud-est, Nyang Nyang. Situé à l’extrême Sud de l’île, on y accède en prenant la direction des Bali Cliffs. Des falaises, il y en a et je vous laisse le soin compter les marche pour accéder au spot. A tester quand c’est flat partout et uniquement dans ce cas.

Kuta beach, eau 28°C, le premier bain en arrivant de l'aéroport. Toujours de l'ambiance et du monde avec les vendeuses, masseuses, et lifeguards kitch au possible.... Niveau vagues, le spot s'avère être un beach break moyen, incomparable en qualité avec ce qu'offre le sud de l'île.

Fiche pratique :
Le pays : connu pour sa douceur de vivre, son ambiance calme et reposante, Bali est un paradis pour le surf découvert au début des années 70. Les choses ont bien changé depuis mais les vagues restent les mêmes : puissantes, mécaniques, à fleur de corail. Située à l’Est immédiat de Java, l’île vit principalement du tourisme, les Australiens viennent en voisins, Brésiliens, Américains, Européens, Japonais les accompagnent. Près de 3 millions d’âmes et une urbanisation par endroits galopante pour une superficie de 5620 km2 (140km de long, 80 de large), l’île a su malgré tout garder son coté riche et authentique. Au programme, couchés de soleil et rizières de cartes postales, temples par centaines, plages superbes et désertes baignées par l’Océan Indien, ajoutez-y le surf en short toute l’année avec chaussons et casque en option, tout semble réuni pour un trip mémorable.
Capitale : Denpasar
Religion : hindouiste, l’exception qui confirme la règle dans le pays musulman le plus peuplé du monde, l’Indonésie.
Langue : Bahasa Indonesia ou Bahasa Bali, beaucoup de locaux parlent anglais mieux que vous mais quelques mots d’indo vous ferons plus faciliteront la vie.
Monnaie : la roupie indonésienne, les money changers pullulent à Kuta, certains sont de très habiles escrocs. Distributeurs de billets, cash ou Traveller Checks. Budget, 15 US$/j tout compris sans trop se priver.
Formalités : passeport valide 6 mois après le retour. Ambassade d'Indonésie : 47, rue Cortambert, 75016 Paris. Tél. : 01 45 03 07 60.

Cartes postales balinaises.

Y aller : en avion, 15 heures de vol minimum depuis Paris. Prix, entre 600 et 1000 Euros selon la période. Un large panel de compagnies dessert l’île, mention spéciale aux hôtesses de Singapour Airline… Décalage horaire : 6h.
Saison : sèche d’avril à octobre, l’alizé souffle de Sud Est, c’est l’époque des gauches, la plus prisée. Humide de novembre à mars, l'époque des droites ! Cette saison, est aussi la plus chaude.
Equipement : du fish 5’10 au gun de 8’, tout est permis tant que les balls suivent. Une 6’8 rapide et nerveuse réunira tous les suffrages. Chaussons vivement conseillés pour surfer le corail, lycra pour le soleil, crème solaire waterproof et trousse à pharmacie bien garnie.
Se nourrir : au menu les incontournables nasi goreng ou mie goreng (riz ou nouilles frits avec des légumes et un oeuf). Les restaurants proposent souvent une carte plus diversifiée que les warungs, nombreux plats végétariens, jus de fruits en pagaille. Ne buvez pas l’eau du robinet.
Dangers : le corail et la route. La malaria ne présente pas trop de risque sur le littoral, méfiance si vous visitez l’intérieur de l’île. Pas mal de moustiques.
Santé et vaccins (pas obligatoires): hépatites A et B, fièvre typhoïde. On échappe rarement au Bali belly, la turista locale causée par le changement d’alimentation et de climat. Le régime riz-Coca suffit parfois à la faire passer en un jour ou deux, prévoyez des médicaments appropriés si ça dure plus longtemps.

Le line up d'Impossible parfait , comme une offrande au petit matin

Sortir : Le Tube, le Double Six,, le Bounty… Pour tous les goûts, même les plus mauvais. Les cocktails locaux explosifs : Arack Atack ou Jungle Juice. Plus sûres : les bières Bintang, Bali Ail ou Anker. Les cyber cafés sont légions.
Se déplacer : bemo et taxi fourmillent mais la location d’une caisse ou d’une petite moto est indispensable pour être mobile et choper les meilleures sessions. Permis international obligatoire pour la police et ce n’est que rarement suffisant. L’ assurance est à demander en plus mais éviter l’accident reste le meilleur conseil que l’on puisse vous donner. On roule à gauche, la chaussée est encombrée par des animaux errants et toute sorte d’engins roulant.
Se loger : des centaines d’hôtels (losmen) n’attendent que vous à Kuta et Légion, il en existe pour tous les prix. Marchander est une règle d’or car le prix est souvent à la tête du client. La solution la moins onéreuse : squatter dans les warungs des plages de Bingin, Ulu ou Balangan, confort minimal mais vagues à deux pas dès le réveil.

Bali bagus*. à faire :
Se lever tôt, en profiter pour choper ce foutu coq qui chante dès 4 heures du mat’.
Afficher un grand sourire comme les locaux.
Louer une ‘motorbike’ avec des racks pour les planches.
Visiter l’intérieur de l’île (Ubud, volcans, temples, rizières, cérémonies et crémations).
Prendre le bemo (transports collectifs) au moins une fois.
Manger des poissons grillés au couché du soleil à Jimbaran.
Amener masque et tuba pour le(s) jour(s) de flat.
(*) Bagus : bon


Tidak bagus**, à éviter:
Fumer des joints de drogue, traîner dans les full moon parties.
Faire le malin avec les policiers surtout quand on a pas le permis moto.
Droper un local.
Surfer à Kuta Beach.
Louper la grotte à Uluwatu.
Boire l’eau du robinet (amibes gloutonnes et hépatite A au menu).
Tirer la queue des singes au Pura (temple) Ulu-Watu.
Porter des boardshorts verts pour aller à l’eau (mythologie locale).
(**) Tidak bagus : pas bon

Cartes postales balinaises, suite...

Bali, c’est fini ?..
Kuta Bali, un nom qui sonne plutôt bien à l’oreille comparé à ce qu’est devenu l’endroit aujourd’hui. Les voyageurs qui ont connu le village dans les années 70 n’en dormiraient sans doute plus la nuit s’ils revenaient à passer dans le coin. Le chaos semble régner partout à l’image de la circulation ou d’une promenade sur les trottoirs défoncés de Kuta. Tu portes un casque sur la tête, on te propose une moto à louer, une montre au poignet, on t’en vend une autre, une casquette, voilà un lot de 5 pour 3$ seulement, du parfum français, une véritable coiffe d’indien Apache avec arc et flèches, une arbalète démontable pour pouvoir la mettre dans la valise, des bagues, c’est pas cher. "Cheap price, transport, dread your hair, massage, T-siut" entend t-on à chaque coins de rues, agrémentés des plus discrets ‘marijuana’ et ‘girls, young girls’!.. Tout se vend, tout s’achète ici, ils ne font que répondre à la demande mais l’impression d’être pris pour un billet vert ambulant devient parfois étouffante. L’économie est repartie, la construction aussi et comme chez nous semble t’il, quand le bâtiment va, tout va. Ce slogan est-il aussi vrai à Paris qu’à Bali ? Inlassablement, les palmiers disparaissent de l’univers de Kuta, remplacés par les Mac Do et les petits immeubles. Ils avaient tout ici, le soleil, la douceur de vivre, une terre riche, un univers splendide, trop beau pour être vrai sans doute. Les hôtels-piscines fleurissent, les prix sont à la hausse, la ville se transforme lentement en enfer urbain. Que vont-ils faire de leur paradis, qu’allons nous faire de leur paradis? Les touristes et donc nous, surfeurs, sommes directement responsables de cette dégradation. La préservation du littoral et des écosystèmes ne représente pas grand chose pour un pays en développement face à la manne d’argent que représente l’industrie du tourisme de masse. La prise de conscience de ces effets néfastes est peut être en cours à l’image d’un article paru dans le magazine de surf indonésien, Surf Time. A Sanur, l’une des premières zones touristiques de l’île, la plage est en train de disparaître. Pour construire hôtels et logements, les palmiers et les cocotiers ont été rasés. La plage, autrefois superbe, n’est alors plus tenue et son sable la quitte sous l’effet de l’érosion. Plus de sable, plus de plage, plus de plage, plus de touristes, mais qu’on se rassure, il reste la piscine….

Du surf en journée, petite bouffe de poissons grillés sur la plage de Jimbaran le soir. Bali, on y retourne quand vous voulez tellement c'est bon...

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kristen pelou photographe professionnel spécialiste des sports nautiques, surf, voile, glisse, kitesurf, windsurf, funboard, yachting, régate, loisirs, nautisme, voyages, aventure, outdoor, mer, océan, photographie numérique, digitale, argentique... des images rafraîchissantes et des sujets textes et photos disponibles pour la presse, la publicité, le web et l'illustration générale

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